Lors d’un contrôle fiscal, l’attention de l’administration ne porte pas uniquement sur les chiffres figurant dans la comptabilité et les déclarations fiscales. Elle cherche également à comprendre la réalité des opérations enregistrées, leur justification économique et les documents permettant de les étayer.
Une dépense peut avoir été réellement engagée, une prestation effectivement réalisée ou une opération parfaitement normale dans la vie de l’entreprise. Pourtant, en l’absence de documentation suffisante, sa justification peut devenir difficile plusieurs années après sa réalisation.
C’est pourquoi la préparation d’un contrôle fiscal ne devrait pas commencer à la réception de l’avis de vérification. La qualité de la documentation doit être assurée tout au long de la vie de l’entreprise.
Voici les principales zones auxquelles les entreprises tunisiennes devraient être particulièrement attentives.
Les relations commerciales importantes devraient être correctement formalisées. Un contrat permet notamment de préciser la nature de la prestation ou de la fourniture, les obligations de chaque partie, les conditions tarifaires, les modalités de règlement et, plus généralement, le cadre économique de l’opération.
Lors d’un contrôle, l’absence de contrat pour une opération significative peut rendre plus difficile la compréhension de celle-ci, particulièrement lorsqu’il s’agit de prestations de services, de sous-traitance ou d’opérations inhabituelles.
Il convient également de vérifier la cohérence entre les différents documents :
Contrat → Commande → Facture → Livraison / prestation → Paiement → Comptabilité
⚠️ Point de vigilance
Une facture ne devrait pas être considérée isolément : elle doit pouvoir s’inscrire dans une opération économiquement cohérente et documentée.
Les opérations réalisées entre sociétés d’un même groupe font naturellement l’objet d’une attention particulière.
C’est notamment le cas des :
Pour chacune de ces opérations, l’entreprise devrait être en mesure de répondre clairement à trois questions :
Pourquoi cette prestation a-t-elle été réalisée ? Quelle est la réalité de la prestation ? Comment le montant facturé a-t-il été déterminé ?
Une convention intragroupe correctement rédigée constitue un élément important, mais elle ne devrait pas rester un document purement contractuel.
Il est préférable de pouvoir également produire les éléments démontrant la réalité des prestations : rapports, échanges, livrables, états d’intervention, correspondances, réunions, justificatifs de calcul ou tout autre élément pertinent selon la nature de l’opération.
Une facture constitue une pièce essentielle de la comptabilité. Mais selon la nature et l’importance de l’opération, elle peut ne pas suffire à elle seule à démontrer sa réalité et ses conditions d’exécution.
Pour certaines dépenses, l’entreprise devrait pouvoir conserver, lorsque cela est pertinent :
Cette documentation prend une importance particulière pour les prestations immatérielles : conseil, assistance, études, développement informatique, communication, formation, prestations techniques, etc.
🔎Plus une opération est difficile à matérialiser physiquement, plus sa documentation doit être rigoureuse.
Les comptes courants constituent une autre zone qui mérite une attention particulière.
Des mouvements anciens, des soldes importants ou des opérations insuffisamment documentées peuvent susciter des demandes d’explications lors d’un contrôle.
Il est donc recommandé de pouvoir expliquer, pour les mouvements significatifs :
Les rapprochements avec les relevés bancaires, les conventions éventuelles et les décisions sociales doivent également être effectués lorsque cela est nécessaire. Un compte courant qui a été alimenté par des mouvements successifs pendant plusieurs exercices peut devenir particulièrement difficile à analyser si les justificatifs n’ont pas été conservés.
🔎La meilleure documentation est celle qui est constituée au moment de l’opération, et non plusieurs années plus tard.
Les opérations avec les associés, dirigeants, sociétés du groupe ou autres parties liées méritent une vigilance particulière.
Au-delà de leur enregistrement comptable, l’entreprise doit pouvoir démontrer leur :
Les conventions réglementées, lorsqu’elles sont applicables, doivent également être correctement suivies sur le plan juridique et social.
🔎Une bonne pratique consiste à identifier régulièrement les opérations réalisées avec les parties liées et à vérifier que leur documentation comptable, contractuelle et fiscale est cohérente.
Pour les entreprises appartenant à des groupes internationaux, la question des prix de transfert constitue un enjeu particulièrement important.
Les transactions intragroupe peuvent concerner notamment :
La documentation doit permettre de comprendre la nature de la transaction, les fonctions exercées par les différentes parties, les risques assumés et les éléments ayant conduit à la détermination du prix.
Il est donc recommandé de ne pas attendre le contrôle pour reconstituer la documentation nécessaire.
Les contrats, factures, méthodes de fixation des prix, analyses économiques et autres documents pertinents doivent être organisés et conservés de manière à pouvoir être produits et expliqués lorsque cela est nécessaire.
Un prix de transfert ne se défend pas uniquement avec une facture : il se défend avec une logique économique et une documentation cohérente.
Une entreprise peut disposer de nombreux documents sans pour autant être réellement préparée à un contrôle fiscal.
Les documents peuvent être dispersés entre le service comptable, la direction financière, les achats, les ressources humaines, la direction générale ou encore les différents interlocuteurs du groupe.
Lorsqu’une demande de justification intervient plusieurs années après une opération, retrouver rapidement le contrat, la facture, les échanges et les éléments démontrant la réalité de la prestation peut devenir un véritable exercice.
Il est donc recommandé de mettre en place une organisation documentaire permettant de retrouver rapidement les principaux justificatifs par exercice et par nature d’opération.
🔎Pour les opérations sensibles, un dossier de justification regroupant les principaux documents peut constituer une excellente pratique de prévention.
La préparation d’un contrôle fiscal ne consiste pas à rechercher précipitamment des justificatifs lorsque le vérificateur les demande.
Elle consiste avant tout à mettre en place, en amont, une organisation permettant à l’entreprise de comprendre, expliquer et documenter ses principales opérations.
Une comptabilité fiable est indispensable. Mais elle doit être accompagnée d’une documentation suffisamment structurée pour permettre de démontrer la réalité des opérations et leur cohérence économique.
Une revue préventive permet précisément d’identifier les zones insuffisamment documentées, de hiérarchiser les risques et de mettre en place les mesures correctives nécessaires avant qu’une difficulté ne se présente.
Chez CHA Expertise & Conseil, nous accompagnons les entreprises dans la revue de leur situation comptable et fiscale, l’identification des zones de risque et la préparation documentaire nécessaire au suivi des contrôles fiscaux.
Anticiper les difficultés documentaires, c’est renforcer la capacité de l’entreprise à défendre ses opérations lorsqu’elles sont examinées.
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